Tu compares le poème
A beaucoup de choses.

Tu peux aussi
Le comparer à une pomme.

Il est cousin du cercle
Comme la pomme.

 

24/12/85
(Art Poétique III)
Guillevic

 

 

Il s'appelait érable
parce que le temps
n'avait pas eu d'autre mot.

Pour se croire multiple,
il volait aux oiseaux
des milliers d'oeufs,
des milliers d'ailes.

Il était ample et doux.

Ma mère lui dictait
de vivre haut
et j'étais en vacances
sous l'écorce.

Il buvait avec nous
les menthes du crépuscule.

Il était ma solitude peuplée,
mon prénom aveugle sous la neige.
De chevaux, parfois,
l'embrumaient de leur crinière.
Alors, il chuchotait à notre porte
des histoires au galop
dans le sommeil des graines.

Doucelment, il cognait à ma vitre
quand le vent lui parlait.
Longtemps, près de lui,
j'ai espéré la mer.

Il se meurt, maintenant,
d'avoir trop attendu le voyage
mais son printemps encore me dédie
les sèves de l'enfance.

 

Christian Da Silva

 

le premier visage de la terre
a le regard clair de qui
supportera tout du soleil

l'autre visage paupières closes
s'étire entre les parois
d'un sommeil de pierre

et ce ne sont que les deux faces
d'un même monde un instant
en suspens

où dans le tracé d'une marelle
des enfants sans noms connus
déchiffrent soudain le parcours
de leur vie à venir

sous le feu veille la cendre
ont-ils su qu'ils naissaient ?

je n'enverrai plus de lettre
depuis la rive des fleuves naufragés

mais puisque tu le veux
je te dirai que l'été or
et cuivre ne saurait plus
vieillir de la matière du jour

que garde son mystère
le lacis ensoleillé des veines
qui pulse encore et encore
notre raison d'être

que le figuier tenace
parvient par une brèche du monde
jusqu'au désordre de nos têtes

que tous les passants solitaires
enfants d'hier aux noms secrets
feront la part du rêve
et
entre dérision et prouesses
découvriront que la lumière
peut rendre à sa densité
le vocabulaire inconscient
de leur nudité d'homme

 

Amina Saïd

 

 

 

 

 

Je voudrais parler
d'un couloir que j'ai détruit
entre la chambre et la cuisine.

Mais je sais si j'ai détruit
le couloir ou les deux pièces.

Maintenant la chambre se mélange
avec la table et le lit.
Ainsi il me semble que j'ai agrandi
le Temps,
leurs deux temps.

Maintenant que nous avons
deux fenêtres
qui nous écartent et nous réunissent.

A midi, pour le repas, je fais cuire
la lumière sur le lit.

 

(Bâton 248)
Serge Pey

         Je veux te dire octobre sa lumière émigrée
nos visages de vent dans le roulis des arbres et
le jeu lent de nos mémoires végétales

          Je veux te dire octobre un jour fragile dans
la gorge un jour poreux de phrase ou de prière
un jour tout effrité de craies pour une épure grise

          Je veux te dire octobre au nom de graal
et d'ombre au goût de vieille lande éteinte à l'horizon
des feux octobre un arbre maigre oublié par les pluies

 

Jacqueline Saint-Jean
        (Remiremots)

 

 

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