Notes de lectures

 

 

Poésie 1
(Michel Baglin)

Europe
(Charles Dobzynski)

Verso
(Alain Wexler)

La Voix du Nord
(
Hervé Leroy)

Cahiers Froissart
(Philippe Deleury)

Décharge
(Aka)

Jacqueline Saint-Jean
Chemins de bord suivi de Visages mouvants
(Editions du Castor Astral)
Prix Max-Pol Fouchet 1999
(Préface de Vahé Godel)

 

Le prix max-Pol Fouchet est revenu en 1999 à Jacqueline Saint-Jean pour Chemins de bord et lui a été remis fin octobre à Lourdes. Rappelons que ce prix, organisé par l’association L’Atelier Imaginaire est attribué (ainsi que le prix Prométhée pour la nouvelle) sur manuscrit. L’anonymat des candidats est préservé lors des délibérations du jury, composé de poètes reconnus de toute la francophonie. Ce prix consiste en l’édition du recueil primé par les éditions du Castor Astral (du Rocher pour la nouvelle).
Atelier Imaginaire, Guy Rouquet, B.P. 2, 65290 JUILLAN.

Jacqueline Saint-Jean, qui a déjà publié plusieurs recueils et participe aux comités de rédaction des revues Encres Vives et Rivaginaires, est d’origine bretonne mais vit à Tarbes, au pied des Pyrénées, mer et montagne nourrissant ainsi son imaginaire de leurs « chemins de bord ». Le bord s’entend bien sûr comme rivage, côte, marge peut-être, limite mal définie entre deux univers, mais renvoie aussi au livre de bord d’un voyage, d’un « louvoyage » entre des paysages marins et les images plus ou moins fantasmagoriques qu’ils suscitent, ou réveillent.

Inscrits dans cette écriture cotière en proie à l’érosion, on en suit la ligne brisée.
Chronique trouée d’éclats de visages, tessons de voix blessées, éclipses et naufrages.

Le recueil met ainsi en place un jeu de résonnances à la frontière (en bordure) du présent et du passé, du réel et de l’imaginaire. Là où « la distance tend ses miroitements ». Où, peut-être, « on cherche son visage ancien ». Avec deux versants : le légendaire du « temps conté » et le paysage intérieur que la mémoire travaille. On explore « le grimoire des marées », avec des métaphores qui cherchent « à rebours », en « tâtonnant à l’envers » des paysages et des mots. De ceux « où dorment les vieux séismes ». A la lisière, toujours, car

Tout retourne à ce personnage gris qui arpente l’estran, toujours entre deux rives.

La deuxième partie du recueil (en fait antérieure), isages mouvants, procède de la même démarche, de la même écoute accordée à la « rumeur phréatique », à tout ce qui sourd de la part obscure de soi-même, de la mémoire, résurgences, débris de rêves.

Mais ce « battement de présences, silhouettes, visages, proches ou entrevus, souvent féminins » est comme domestiqué par une forme rigoureuse, celle des neuvains, et tendu par l’interpellation à la deuxième personne :

Je dis tu à ce qui se tait
A ce qui appelle à ce qui m’échappe.

On y côtoie donc des êtres fantômatiques, une forme d’absence, ou de présence qui se dérobe.

Quelqu’un se tenait dans le noir
Frère friable murmurant
Dans la gravitation secrète des images.

De fait, le recueil illustre parfaitement la phrase d’Octavio Paz placée en exergue : la poésie y est résurrection des présences, histoire transfigurée en vérité de temps sans date.

 

Michel Baglin, Poésie 1, Mars 2000 (Le Cherche-Midi Editeur)

 

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Jacqueline Saint-Jean : Chemins de bord (Le Castor Astral).

Grâce à « l’Atelier imaginaire », une découverte, corroborée par le prix Max-Pol Fouchet. Le poète de souvient de Saint-John Perse dans un chant grave, généreux, exempte de mièvreries, qui s’inscrit avec une justesse constante dans le rythme et le mouvement intérieur. On écoutera cette voix prenante, « ancrant sa singularité – nous dit le préfacier Vahé godel – dans la présence immémoriale des Côtes d’Armor, où elle est née ».

 

Charles Dobzynski, Europe, Mars 2000

 

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Jacqueline Saint-Jean : Chemins de bord – L’Atelier imaginaire / Le Castor Astral (Prix de poésie Max-Pol Fouchet)

Livre sur la quête de l’imperceptible, de la rupture, de l’usure, de l’épaisseur du temps qui prend l’aspect des couches géologiques, du vertige, des miroirs et des épaves. Les images sont fortes et roulent avec les mots comme des barques : « … Pour toute écriture, un alphabet de barques… » Images délimitées comme des jeux d’enfants à la craie : « Dans un cercle de craie, un enfant bras ouverts tourne en toupie ardente ». La vie dans ses spasmes ultimes : « Parfois on frémit d’un seul effleurement d’étoffe. / Les lèvres s’ouvrent, c’est l’afflux. / Comme au bord d’un corps de merveille. // Comme au bord de la déchirure ». Ce livre est un corps à corps subtil avec l’éphémère, avec l’ « autre » qui se dérobe : « Tout sera versé au silence // et la nuit couvrira nos mains / lentes immenses délivrant / l’eau des écluses entre les corps. »

 

Alain Wexler, Verso, n°100

 

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Le prix de poésie Max-Pol Fouchet a été attribué, cette année, à Jacqueline Saint-Jean pour Chemins de bord. Entre désert et océan, falaises et lignes de fuite, l’écriture se tient aux frontières du lucide et du substrat intérieur. Le fil est tendu entre ombre et lumière, appel du haut, désir du bas. Cela donne un livre qui ne se donne pas à la première lecture. En postface, Jacqueline Saint-Jean confie : « Que dans paupière on entende peau et pierre, pore ou hier, ne laisse aucun poète indifférent, quoi qu’il en dise ». C’est de cette manière qu’il faut lire Chemins de bord… En se laissant porter par ces mots remontés de la terre.

 

Hervé Leroy, La Voix du Nord, 19/12/1999

 

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Nous sommes très heureux, à Froissart, de voir consacrée par ce beau et grand prix, pour la huitième fois, après Eric Brogniet, Dominique Sampiero, le regretté Jean-Loup Fontaine, Colette Nys-Mazure et j’en oublie ( ! ), une lauréate de notre concours d’édition, et ce d’autant plus que ce nouveau recueil ne renie en rien le Voyage en monodie cher à notre comité de lecture.

Prenons l’auteur aux mots pour esquisser une épure de Chemins de bord qui se nourrit de l’atmosphère saline de la Bretagne : « un jeu d’arcades lointaines ouvre le livre de la mer » : « La mer divague, intarrissable ». (…) « On remue à peine dans l’œuf de brume. » (…) « On se parle déjà de très loin. » (…) « Corps poreux pénétrés par le sel et l’humus, on se fond dans ce paysage où dorment les vieux séismes ». L’anonymat du pronom indéfini achève de nous fondre avec l’auteur dans ce décor qui mêle dans de belles noces les images et les mots, le « tableau » et la « fable » : « On va et vient, creusé de vent, le visage gagné par l’érosion des rives ». A tel point qu’on ne se soucie plus de démêler si l’océan a visage humain ou si nous prenons vie d’une respiration marine, inscrits dans une légende d’eau : « Pour toute écriture, un alphabet de barques ». Nous devenons avec Jacqueline Saint-Jean « arpenteurs de songes », des « chemins de l’intérieur », au cours de ces « migrations intimes » qui me préoccupent tant (cf. Froissart N°90, rubrique Lueur(s) d’essence(s). Le rythme est à l’image de ce paysage de brumes et d’écume, qui privilégie flux et reflux, propices à entretenir cette oscillation entre le corps et l’âme, le rêve et le réel, l’indécis et le précis. Visages mouvants, écrit deux ans plus tôt, s’il annonce la marée montante du « on », se démarque surtout par l’emploi d’une énonciation à la deuxième personne du singulier, ce qui fut d’ailleurs son titre initial et l’empreinte marquante du désir, des désirs, exprimés ou contenus, comme « l’eau des écluses entre les corps ». Le recueil se fait plus vagabond encore, « nomade », mêlant à l’eau le feu solaire et ces océans de sable où les vents sont conviés au voyage. Mais la fragilité et l’incertitude de l’être s’y affirment comme dans le recueil-titre, tant il est vrai que « le sang parfois se désunit » et que se fait douloureux le « tirant d’ombre des mémoires ». Laissez-vous embarquer par ces textes qui feignent de dormir « au plus secret du clair-obscur », vous serez submergés, comme son auteur au moment de l’écriture, par une « invasion d’imaginaire », « bruine où s’échangent les formes »…

 

Philippe Deleury , Cahiers Froissart N°92, printemps 2000

 

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Le prix Max-Pol Fouchet 1999 est zébré d’embruns, fouetté par les vagues de l’Atlantique, bâti dans le granit. Mais au-delà de cet aspect couleur locale, la poésie de Jacqueline Saint-Jean séduit par l’immanence, l’objectivation systématique des sentiments et des sensations. Les personnages sont indéfinis, « on », « des figurants », « des passants » ou abstraits « il faut quitter… », « celui qui… ». C’est que l’essentiel n’est plus en eux, n’est plus eux mais le monde qui les entoure : « Nous nous échappons lentement de nous-mêmes ».

Partout dans le recueil la vie s’épanche, s’écoule : dans la pierre, dans les paysages, dans les mots. Le corps est en fragments comme ces débris rejetés par la marée : main de pierre, bras abandonnés, cils, genou… « Les remous défont les visages ». Chacun s’éloigne, « frère friable », se fond dans le paysage. « Le territoire se démembre. / On se parle déjà de très loin. »

Ce qui frappe à la lecture, c’est cette impression de dilution, comme l’image floue d’un sujet en mouvement. Car c’est bien de cheminements qu’il est question, et d’errances au gré des vents de la vie. L’homme est inssaisissable en lui-même, seules ses épaves témoignent de son passage. Parmi elles, les mots, la poésie « alphabet de barques », tentant de « relier la source à l’estuaire ». L’homme est à chercher dans le monde qu’il crée, transforme, laisse à d’autres, à l’image exacte de la poésie où s’est disséminée pour nous une certaine Jacqueline Saint-Jean.

 

Aka, Décharge N°106, Ed. Le Dé Bleu, Juin 2000

 

 

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© Isabelle Saint-Jean, 1999-2003
(conception, fond)

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